Ma mémé chérie

Ma mémé est partie voilà bientôt 14 ans. Elle reste dans mon cœur présente comme au premier jour.

Bio express

Mémé, de son prénom Jeanne-Marie est une personne que l’on n’oublie pas.

Née en 1910 à Laroquebrou dans son Auvergne natal, elle gardait des moutons dans les prés à l’âge de huit ans.

Elle aimait bien raconter des anecdotes de son enfance et nous, on adorait l’écouter. Sa maman lui cuisait des châtaignes puis lui mettait dans ses poches pour réchauffer ses petites mains gelées durant les rudes hivers auvergnats.

Ma grand-mère a eu ce que l’on peut appeler une enfance difficile mais semble t-il heureuse. Elle ne racontait jamais de souvenirs douloureux, certainement par pudeur.

Elle a quitté l’Auvergne à 18 ans pour monter à la capitale afin de travailler dans des maisons bourgeoises, en tant que femme de ménage au départ puis en tant que cuisinière.

Mon grand-père, ferblantier, démarchait les riches maisons, c’est comme ça qu’il a rencontré ma grand-mère. Ils se sont mariés et ont fondé leur famille. Ma grand-mère a eu six garçons dont mon papa né en 1943, qui est le petit dernier. Son petit poussin comme elle l’appelait.

Ma grand-mère a travaillé toute sa vie. En 1951, elle est rentrée à la RATP en tant que contractuelle. Elle était poinçonneuse (comme dans la chanson). Avant cela, elle a travaillé aux bains-douches municipaux très fréquentés à l’époque car la plupart des immeubles n’avaient pas l’eau chaude.

Je suis le poinçonneur des Lilas
Le gars qu’on croise et qu’on n’ regarde pas
Y a pas de soleil sous la terre
Drôle de croisière
Pour tuer l’ennui j’ai dans ma veste
Les extraits du Reader Digest
Et dans ce bouquin y a écrit
Que des gars se la coulent douce à Miami
Pendant ce temps que je fais le zouave
Au fond de la cave
Paraît que y a pas de sot métier
Moi je fais des trous dans des billets

Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous
Des trous de seconde classe
Des trous de première classe
Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous
Des petits trous, des petits trous,
Des petits trous, des petits trous

Je suis le poinçonneur des Lilas
Pour Invalides changer à Opéra
Je vis au cœur de la planète
J’ai dans la tête
Un carnaval de confettis
J’en amène jusque dans mon lit
Et sous mon ciel de faïence
Je ne vois briller que les correspondances
Parfois je rêve je divague
Je vois des vagues
Et dans la brume au bout du quai
Je vois un bateau qui vient me chercher

Pour me sortir de ce trou où je fais des trous
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous
Mais le bateau se taille
Et je vois que je déraille
Et je reste dans mon trou à faire des petits trous
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous

Des petits trous, des petits trous,
Des petits trous, des petits trous

Je suis le poinçonneur des Lilas
Arts-et-Métiers direct par Levallois
J’en ai marre j’en ai ma claque
De ce cloaque
Je voudrais jouer la fille de l’air
Laisser ma casquette au vestiaire
Un jour viendra j’en suis sûr
Où je pourrais m’évader dans la nature
Je partirai sur la grande route
Et coûte que coûte
Et si pour moi il n’est plus temps
Je partirai les pieds devant

Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous

Y a de quoi devenir dingue
De quoi prendre un flingue
Se faire un trou, un petit trou, un dernier petit trou
Un petit trou, un petit trou, un dernier petit trou
Et on me mettra dans un grand trou
Où je n’entendrai plus parler de trou plus jamais de trou
De petits trous de petits trous de petits trous

Serge Gainsbourg, 1958

Elle connaissait Paris comme sa poche et aimait bien nous raconter qu’elle marchait de longues distances pour aller au travail.

Mes grands-parents vivaient dans le 19ème arrondissement, avenue Mathurin Moreau, Métro Colonel Fabien. Son attachement administratif était Métro Belleville mais elle était appelée à travailler sur tout le réseau. Son supérieur lui donnait son affectation journalière la veille pour le lendemain.

Elle était habituée à gambader et elle était trop pressée surtout d’arriver là où elle devait aller !

Quelle personnalité !

Pressée, voilà un mot qui la définit bien ma mémé ! Pressée d’aller là, pressée de faire-ci, pressée d’arriver, pressée d’en finir ! Je n’ai jamais connu quelqu’un de plus speed (encore aujourd’hui). Un vrai boulet de canon !

Etant née en 1980, je n’ai connu ma mémé que retraitée. Elle avait acheté avec mon grand-père, une maison en Touraine près de Loches. C’est ce lieu qui a servi de villégiature à toute la famille. Toutes nos vacances nous les passions chez elle, blanchis, nourris et logés.

La Touraine

La Touraine était pour moi une parenthèse enchantée. Imaginez une petite fille de la ville qui se retrouvait dans ce paradis fait de champs de maïs et de blé, au milieu de vaches, de lapins, de canards, de poules, d’oies,… La liberté totale d’être dehors, de faire ce que je voulais sans contrainte ni barrière !

Avec ma sœur, sitôt le déjeuner pris, nous devenions deux petites filles libres de cueillir des mûres et d’en manger toute la journée, de se cacher dans les champs et de jouer au chat, de courir, de faire du vélo, d’aller au village à quelques kilomètres, d’aller chercher du lait à la ferme.

Mon plaisir était de me lever tôt et de rejoindre ma mémé dans la cuisine. Je l’avais pour moi toute seule pendant une petite heure, le temps que le reste de la famille émerge. Elle me préparait une Ricoré au lait et des tartines de pains frais beurrées et confiturées humm ! Que c’était bon, que c’était simple, que c’était bien !

Les feuilletons télé, c’est la vie !

On ne parlait pas beaucoup mémé et moi car on regardait la télé ! Mais pas n’importe quoi, non ! On regardait les feuilletons de ma mémé, ceux que je ne regardais jamais le restant de l’année mais que je comprenais quand même, Amour, Gloire et Beauté !

Les feuilletons télé ! Tout un monde pour ma mémé ! Ces feuilletons rythmaient ses journées, comme ses repas et son sommeil. Côte Ouest, Santa Barbara, Les Feux de l’Amour,… Quelle aubaine quand tes parents ne veulent pas que tu t’abrutisses avec la télé ; mémé regarde alors bon, regarde aussi si tu veux !

Ce qui me faisait rire c’est qu’elle ne loupait jamais un épisode mais sitôt le générique de fin commencé, vlan ! Elle éteignait la télévision, comme si on l’avait forcée à regarder !

Les années tous ensemble

Si je devais ne garder qu’un souvenir d’elle ce serait son odeur et la douceur de ses petites joues. J’ai tellement aimé embrasser ses joues et prendre dans mes bras ce corps si frêle et si fort à la fois ! L’odeur de ma mémé est puissamment ancré en moi, comme un sentiment d’appartenance.

Mes parents l’accueillaient tous les hivers chez nous. L’hiver en Touraine est triste et mes parents souhaitaient qu’elle soit parmi nous pendant les fêtes de fin d’année. J’étais très heureuse quand mémé était là, c’était une chance incroyable d’être réunis tous ensemble.

Je suis née en novembre, donc je peux dire qu’à tous mes anniversaires, j’ai eu la chance immense d’avoir ma grand-mère avec moi. C’était une personne très généreuse et très aimante. J’ai partagé beaucoup de moments avec elle et pourtant à y réfléchir on ne faisait rien d’exceptionnel. Malgré cela je ne voudrais rien changer à ces moments de complicité et de simplicité.

Ma grand-mère a eu beaucoup d’enfants, de petits-enfants et d’arrières-petits-enfants. Elle notait consciencieusement toutes les dates de naissance sur un carnet. Lorsqu’elle regardait l’émission Sacrée Soirée présentée par notre Jean-Pierre national, elle attendait fébrilement la fin de l’émission. Un tirage au sort d’une date de naissance était organisé pour gagner la cagnotte mise en jeu. C’était marrant et attendrissant de la voir scruter la date de naissance espérant qu’elle corresponde à l’une de sa famille !

Les souvenirs

Ma mémé avait un caractère coquet. Elle aimait être bien coiffée. Elle passait une brosse à cheveux plusieurs fois par jour dans sa crinière, c’était comme un tic. Elle aimait mettre un peu de poudre teinté Gemey et une touche de parfum First de chez Van Cleef & Arpels.

Elle aimait les pâtes et les yaourts Gervita. Elle aimait ses émissions et ses feuilletons. Le seul objet cher qu’elle possédait était sa télévision, grand écran, toutes options.

Ma mémé était une très bonne cuisinière. Rien que d’y penser j’en ai l’eau à la bouche ! Sa spécialité était certainement les tomates farcies et la tarte aux pommes. Elle faisait également un pâté de tête du feu de dieu et de la cervelle d’agneau pour ma maman. Elle cuisinait au feeling, sans livre de recettes ni rien. Par contre, elle était incapable de donner sa recette car elle-même ne savait pas les quantités exactes !

Ma mémé a connu les Anciens Francs, les Francs et l’Euro. Elle a vécu les deux guerres mondiales. Elle n’a quasiment pas fréquenté l’école mais elle a appris à lire, à écrire et à compter, une vraie autodidacte.

A Noël, petite fille, elle recevait une orange, un petit Jésus en guimauve et un chocolat chaud (le luxe il paraît). Pourtant, elle nous a gâtées mes sœurs et moi. Un de mes meilleurs souvenirs d’adulte a été de fêter mes 20 ans avec elle dans un restaurant gastronomique. J’étais très fière d’avoir ma mémé avec moi et je débordais d’amour pour les membres assis à cette table. Trois générations, trois vies complètement différentes mais trois âmes qui s’aiment à l’infini.

Ma grand-mère était du genre à débouler tête baissée dans les allées d’un supermarché avec sa démarche tellement particulière qu’on aurait cru qu’elle allait s’affaler à tout moment. Elle était hyper nerveuse « ça m’énerve, ça m’énerve ! » qu’elle disait, les yeux plein de rires et bon sang qu’est-ce que j’aimais rire avec elle!

C’est l’une des personnes qui m’a fait le plus rire dans ma vie entre attendrissement perpétuel et résignation face à cette force de la nature. A plus de 80 ans, elle était intenable. Fallait toujours qu’elle fasse tout, sans faire attention à rien, il fallait faire c’est tout. Des fois, elle rendait les armes mais plus pour faire plaisir que par volonté. Elle disait « T’es mignonne, ma chérie » et elle déposait un baiser sur ma joue abruptement et j’adorais ça !

Ma mémé chérie, que de souvenirs partagés, que de rigolades !

Ma déclaration

J’ai eu la chance de connaître ma grand-mère. J’ai eu la chance de la voir vieillir. J’ai eu la chance de lui fêter tous les 4 août son anniversaire pendant 22 ans.J’ai eu la chance de m’occuper un petit peu d’elle à la fin de sa vie. Ma mémé est partie à l’âge de 92 ans. Quel bel âge pour partir et laisser la place !

Elle me manque et me manquera toute ma vie. Pourtant quand je pense à elle, je me rappelle de tellement de bons moments que je n’ai rien à regretter. Qui peut dire cela ?

Ma grand-mère était comme ça, elle n’était ni nostalgique, ni triste, C’était une personne gaie, toujours d’humeur égale. On n’en fait plus des femmes comme ma mémé. Ma mémé était un concentré de féminité, de courage, de pudeur, de sensibilité et de force. Ma mémé c’était un roc. Ma mémé j’en suis fière comme un paon. Ma mémé, elle est inoubliable ♥

Elle avait certainement quelques défauts mais je ne les ai jamais vus. Pour moi, elle était la grand-mère parfaite. C’est ma mémé chérie à moi, point. Le reste, je m’en fous complètement. C’est peut-être ça l’amour ?

4 réflexions sur « Ma mémé chérie »

  1. Tételle,
    quel beau message d’amour en effet…! J’ai eu la chance de connaître Mémé pendant une vingtaine d’années et j’ai trouvé en elle une 3 ème grand-mère, tellement gentille, bienveillante, simple et joyeuse. Les séjours en Touraine, même les plus courts, étaient des moments joyeux, reposants et tellement ressourçant. Elle a fait parti de ma vie et le souvenir qu’elle m’a laissé est indélébile. J’ai eu la chance, malgré le périple des 9h de route et un accident…, (pauvre Mémé, elle n’a jamais été si patiente ce 7 janvier 2003…) de l’emmenai vers son dernier voyage aux Sables d’Olonne et je n’oublierai jamais cette aventure ni son regard quand je lui ai dit au revoir avant de reprendre la route le lendemain. Merci pour tout Mémé et merci Estelle pour ce texte magnifique, qui est un hommage Ô combien mérité. VINCE

  2. C’est un très bel hommage, merci de nous le faire partager, c’est courageux et émouvant!
    Mémé est cette femme qui a contribué au bonheur de tous ceux qui ont eu la chance de la connaître, parfois en s’oubliant elle-même; mais nous ne pouvons qu’admirer sa façon particulière d’aimer. Un exemple de générosité et d’humilité pour la vie et je sais que pour toi aussi ma soeur. Je t’aime

    1. Je suis heureuse de l’avoir écrit. Merci pour ton message qui me va droit au coeur.
      On se voit bientôt, c’est chouette 🙂
      Je t’aime ma soeur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *