Mon père est femme de ménage de Saphia Azzeddine

J’ai lu le roman Mon père est femme de ménage de Saphia Azzeddine aux éditions Léo Scheer.

Saphia Azzeddine est une auteure franco-marocaine née en 1979.

L’oeuvre

Mon père est femme de ménage a été publié en 2009 aux éditions Léo Scheer.

L’histoire

Ce roman raconte l’histoire de Paul, adolescent solitaire, dont le père est femme de ménage. Paul aide son père car son père le lui demande.

Pour ne pas avoir la même vie que son père, Paul apprend les mots, un mot par semaine.

Ce que j’en ai pensé

Il y a un an, je publiais une chronique sur le roman Confidences à Allah de Saphia Azzeddine. J’avais hâte de connaître d’autres œuvres de l’auteure, car j’avais adoré le roman lu auparavant.

J’ai enfin pu lire Mon père est femme de ménage récemment. Ce roman, est une pépite. Une fois de plus, l’auteure m’a séduite grâce à sa plume, grâce aux mots. Elle a le don d’émouvoir sans pathos, au contraire. Mon père est femme de ménage est aussi drôle que pathétique, aussi profond que superficiel, il est la vie.

J’astique, je nettoie, je frotte, j’aspire, même dans les coins. (…) Mais j’apprends aussi. Un mot par semaine. Pas n’importe lesquels. Les mots qui font peur. Les arrogants, les supérieurs, les dédaigneux, les transcendants, ceux qui peuvent te foutre la honte de ta vie si tu ne connais pas leur sens.

Ce gamin paumé ni méchant ni gentil, veut juste exister. Son père est sa honte mais aussi son phare. Sa mère est inutile et sa soeur est trop éloignée de lui pour qu’ils se comprennent.

On était vendredi, je n’avais pas école le lendemain. Donc je pouvais l’aider. Embarrassé à l’idée de m’imposer sa vie, il trouve toujours un moyen d’alléger le truc. Là il dit :

« Bon alors mon Polo, tu viendé ou pas ce soir.

Une petite faute de français rigolote pour soulager tout ça, un peu d’humour pour camoufler le désastre de la soirée. Une soirée qui s’avère être sa vie en fait. J’ai souri, ça détend mon père et j’ai répondu comme à chaque fois :

« Je viendé, je viendé… »

Ce que j’aime dans les romans de Saphia Azzeddine c’est qu’ils sont tout sauf manichéens.

Notre héros est comme ça, avec tous ses défauts et toutes ses qualités mais jamais on essaie de faire croire au lecteur qu’il est quelqu’un de bien, il est qui il est, tout simplement.

Je trouve ça rassurant les personnages comme ça. Ils nous déculpabilisent des stéréotypes habituels avec lesquels on combat notre nature, ni douce ni dure, ni complètement dégueulasse ni complètement bonne.

J’ai un petit zizi.

Hein ?

Mon sexe il est tout petit et ça me fait flipper.

(…)

Oui papa j’le vois tous les jours et il est petit.

Montre-moi ça mon fils.

(…) J’étais le fils d’un pauvre type. (…) J’ai dû la lui montrer. Il s’est exclamé :

Ben qu’est-ce elle a ta queue mon Polo ?

(…) J’fais pas l’sympa, crois-moi t’aurais une petite queue, j’te donnerais un peu d’mes fesses pour faire une greffe, mais là elle est très bien ta queue.

(…) Mais qu’est-ce que tu racontes mon con, faut pas que tu compares ta queue à qu’est-ce que tu vois sur internet. Y carburent aux ogm ou j’sais pas quoi ces cons-là des films. J’veux pas que tu te pourrisses la tête avec ça hein ! Ta queue elle est très bien mon fils.

(…) Mon père venait de sacrément me soulager. Comme un père doit le faire avec son fils. Toujours. Tout le temps. Je pouvais à présent affirmer avec outrecuidance que j’étais un sale petit con injuste.

Je cite souvent quelques passages des romans que je chronique mais là, j’aurais envie de citer tout le roman tellement il est bon et beau.

J’en avais l’eau à la bouche de l’aimer mon père.

Et je m’en suis donné à coeur joie de l’aimer.

Il n’y avait rien de meilleur. (…)

On s’est endormis en spaghettis. Au milieu de la nuit, j’ai joué au mikado avec nos corps pour ne pas le réveiller. Je l’ai recouvert d’un plaid.

Enfin, c’était une couverture pliée. (…)

De toute façon je fais ce que je veux avec mes mots et dire que j’ai recouvert mon père d’un plaid cette nuit-là, c’est comme si je l’avais fait.

Apaisé, je suis allé me coucher dans mon lit.

Comme réconcilié avec lui.

Ou peut-être avec moi.

C’était la même chose. C’était la même chose, oui.

Vous l’aurez compris à la lecture de ma chronique, c’est un vrai coup de cœur ce roman. Mon père est femme de ménage m’a fait rire aux éclats et l’instant d’après m’a touchée aux larmes. Un vrai ascenseur émotionnel!

J’espère que beaucoup le liront et l’apprécieront, ne serait-ce que pour comprendre le message qu’il véhicule.

Si vous l’avez-lu, donner votre avis en commentaire !

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