Persépolis de Marjane Satrapi

L’oeuvre

J’ai lu récemment la BD Persépolis de Marjane Satrapi aux éditions L’association. J’ai emprunté à la bibliothèque le monovolume qui regroupe les 4 tomes et c’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai découvert cette oeuvre.

Cette BD est toute noire et blanche, un bon pavé lorsque les 4 tomes sont réunis, mais la police d’écriture est facile à lire et j’ai vite été prise dans cette autobiographie. Je connaissais grosso modo de quoi cela parlait mais j’étais curieuse de lire cette ouvrage et de découvrir l’auteure, Marjane.

Persépolis a reçu beaucoup de prix dont le prix Alph-Art coup de cœur du festival d’Angoulême en 2001 (tome 1). Enfin, la BD a été adaptée au cinéma en 2007. Le film porte le même nom, Persépolis. D’ailleurs, je ne l’ai pas vu pour le moment.

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L’histoire

L’histoire se déroule en Iran à Téhéran et elle débute en 1980. Marjane est alors une petite fille née en 1969 qui vit avec ses parents. Ils font partis de la classe aisée de Téhéran, laïques et libéraux. Les parents de Marjane sont très amoureux l’un de l’autre. Cet amour est souvent mis en avant.

A travers les yeux d’enfant de Marjane, on découvre sa mère, son père, sa grand-mère, son oncle, les autres membres de sa famille, ses amis, ses voisins. Marjane raconte le bouleversement qu’elle et ses proches vivent lors de la Révolution Iranienne qui conduit à la fin du règne du Shah en 1979.

A présent le voile est obligatoire, les filles et les garçons sont séparés : c’est le début de la République Islamique d’Iran. C’est également le début de la guerre Iran-Irak (1980-1988). La vie des protagonistes bascule, rien ne sera comme avant.

Privations, bombardements, pertes humaines sont devenus le quotidien des Iraniens qui sont restés dans leur pays. Les écoles et les universités ferment. C’est un recul d’un siècle qui est en train de se passer sous les yeux de ce peuple.

Marjane raconte des anecdotes, des situations particulières. On découvre alors son quotidien, les peurs, l’incompréhension mais aussi les moments tendres avec ses proches, les rires, les soirées festives.

J’ai pris conscience de l’hypocrisie de ce régime para-militaire. Les gens deviennent tout d’un coup très religieux, alors que quelques mois auparavant ils ne l’étaient pas. L’opportunisme est présent partout : dans les écoles, dans la rue. Les manifestations sont interdites ou très encadrées par la police. La population n’a droit à rien : ni musique, ni danse, ni livre, ni cinéma. La culture est mal vue, les atours féminins proscrits, le sport interdit au nom de la foi. Tout est contrôlé par les militaires. Les opposants sont déportés, tués ; rien ne doit entacher le pouvoir soit disant religieux.

En effet, Marjane l’écrit : les vrais religieux ne sont pas au pouvoir. Les hommes au pouvoir se cachent derrière la religion pour justifier leurs règles et leur autorité. Les personnes religieuses, les vraies, sont modérées, justes envers leur prochain, respectueuses de la liberté des autres. La religion n’est qu’un prétexte fallacieux pour régner sur ce pays.

Pour protéger leur enfant unique et lui offrir une vie meilleure, les parents de Marjane choisissent de l’exiler en Autriche alors qu’elle n’a que 14 ans, en 1984. Marjane se retrouve seule, libre de faire ce qu’elle veut mais malheureuse comme la pierre dans un pays où elle ne parle pas la langue, où la culture est tellement différente. Elle raconte son parcours chaotique, son alimentation strictement à base de pâtes, son isolement, sa descente aux enfers. Elle finira par vivre dans la rue après plusieurs péripéties.

Quatre années plus tard, elle parvient à revenir en Iran et retrouver ses parents. Puis elle finira par repartir définitivement en 1994 mais cette fois avec toutes les clés en mains. Elle ira en France où elle fera des études à Strasbourg à l’école supérieure des arts décoratifs.

Marjane raconte avec beaucoup d’auto-dérision ses rêves de petite fille révolutionnaire. Cette héroïne a un caractère bien trempé. Elle est pleine de vie et dotée d’un tempérament de feu. Elle prendra beaucoup de risques pour vivre comme elle l’entend.

Ce que j’en ai pensé

Cette histoire vous l’aurez compris m’a touchée en tant que citoyenne et en tant que femme. Je ne suis pas du tout experte de l’Iran, de son histoire et des conflits du Moyen-Orient mais j’ai adoré découvrir la tragique destinée de ce pays. Ce gâchis est tel que j’ai mal pour ces gens qui ont vu leur patrie vidée des leurs. Durant la période 1979-1995 plus de 300 000 Iraniens émigrèrent pour fuir cette vie qui n’en est plus une.

Le ton de cette BD est à la fois grave, drôle et vrai. L’auteure n’a pas voulu s’apitoyer sur son sort, au contraire. C’est un hymne au courage, garder espoir et vouloir une vie meilleure coûte que coûte.

Marjane reconnaît avoir beaucoup de chance, d’être aimer par sa famille, d’être intelligente, moderne et forte. Elle a cette force toute féminine qui lui permet de ne jamais courber pas la nuque et de voir son avenir sans amertume ni tragédie.

Les Iraniens vivent cachés car rien n’est permis pour eux à l’extérieur :

Un homme et une femme ne peuvent pas réserver une chambre d’hôtel sans prouver par un certificat de mariage leurs liens maritaux.

Pour danser, chanter, ils ferment les rideaux, ferment les portes et enfin ils s’octroient le droit de s’amuser à leurs risques et périls. Ils risquent soit une grosse amende car bien entendu la police est corrompue, soit une garde à vue interminable accompagnée d’humiliation, de coups…

Je suis ressortie de ma lecture entre rire, larmes et gravité. Comment aurais-je été à leur place ? Aurais-je été forte et combative moi aussi ? Ou aurais-je retourné ma veste pour me protéger et être bien vu ? Finalement tout ne tient qu’un à fil ; la vie que l’on connaît, les rayons des magasins remplis, les écoles laïques de France, le pouvoir de s’exprimer librement. Et puis, la vie bascule. Alors nos actes, nos idées, nos valeurs, tout change. Comment trouver la force et le courage de vivre comme on l’entend dans ces conditions ? Marjane et sa famille ne sont pas des sur-hommes pourtant mais ils ont une soif de vivre phénoménale et un amour familial très fort.

Persépolis vaut le détour, lisez-le. Ce livre m’a fait comprendre certaines choses, m’interroger, me cultiver et surtout me rappeler de ne jamais baisser les bras.

Et vous, vous l’avez lu ? Qu’en pensez-vous ?

1 pensée sur “Persépolis de Marjane Satrapi”

  1. Résister n’est pas simple mais se conjugue à tous les temps… Cette oeuvre est tendre, dure, drôle, personnelle et universelle.

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